« j'ai failli partir »

Comédien chevronné passé (brièvement) par le Français et dirigé par les plus grands au théâtre comme au cinéma, Yann Collette est un nouveau venu dans l'univers d'Emmanuel Meirieu. Il livre sans langue de bois ses doutes et surtout, ses satisfactions.



Comme entre-t-on dans l'univers d'Emmanuel Meirieu ?

Yann Collette : Avec un re-gard neuf. Pendant les répéti¬tions, qui étaient d'une grande intensité, dans une urgence in¬croyable et dans un espace très réduit, je ne comprenais pas forcément où l'on allait. À vrai dire, j'ai été désorienté à un tel point que j'ai failli partir dix jours avant la première.

Tout de même !

Je soupçonne Emmanuel d'être comme mon personnage : un peu autiste et à l'aise dans le chaos. En revanche, il n'est pas manipulateur. C'est un très grand directeur d'acteurs qui n'hésite pas à leur « charger la mule » — et les acteurs sont contents quand on leur offre de tels défis. Vous savez, Emmanuel est le seul metteur en scène à qui j'ai pro-posé d'enlever mon œil de verre, s'il le souhaitait, pour les besoins du rôle.

Justement, comment définissez-vous Prof, votre personnage ?

C'est un blessé de la vie. On a imaginé, pour le construire par rapport à celui qu'incarne Jean-Marc Avocat, que tous les deux avaient pu faire le Viêt-Nam ensemble (ils ont d'ailleurs l'un comme l'au¬tre des plaques militaires bien visibles) et que Prof avait pu sauver la vie de Don — ce qui explique que Don agisse comme s'il avait une dette en¬vers Prof. Tous sont dans une solitude horrible, mais Prof est aussi le seul être « vivant » de la pièce, capable de s'enthousias¬mer pour un vague projet de casse, et de tout faire pour y prendre part.

Comme entre-t-on dans l'univers d'Emmanuel Meirieu ?

Yann Collette : Avec un re-gard neuf. Pendant les répéti¬tions, qui étaient d'une grande intensité, dans une urgence in¬croyable et dans un espace très réduit, je ne comprenais pas forcément où l'on allait. À vrai dire, j'ai été désorienté à un tel point que j'ai failli partir dix jours avant la première.

Est-il compliqué de s'approprier la langue de David Mamet, qui est faite de multiples répétitions, de petites conversations anecdotiques ?

Oui, car les variations entre ces répliques sont tellement fines qu'il est difficile de se les mettre dans le crâne. David Mamet, ce doit être une bête ! J'aimerais beaucoup le rencontrer ; il a compris que le texte n'est que la partie visible de l'iceberg, mais aussi que tout ce que l'on dit (et ce pour quoi on le dit) est important. Ce n'est pas sans rappeler Beckett. D'ailleurs, ce serait bien qu'Emmanuel se frotte à Beckett.


Propos recueillis par V.R.
Tribune de Lyon, 2008