Le matin la tête lourde et embrumée, Lenglumé se réveille avec un inconnu dans son lit. C'est Mistingue, lui aussi un ancien élève. Aucun des deux hommes ne se souvient de rien, mais découvrent qu'ils ont des traces de charbon sur les mains. Un journal traîne dans le salon, on y annonce l'assassinat d'une jeune charbonnière pendant la nuit. Cauchemar. Les deux hommes craignent d'être mêlés à cette tuerie et s'emploient à faire disparaître tous les témoins d'un crime qui va s'avérer être une chimère. Le décor du salon blanc des Lenglumé tangue un peu, tout comme les occupants du lieu.
À ce jeu Yann Collette est un virtuose. Silhouette longiligne, voix ronde et chaude, il s'agite frénétiquement, court après ses souvenirs, en compagnie de son compère en éthylisme, Pierre Berriau, hirsute, assoiffé et pique-assiette. Christine Pignet comédienne tout en rondeur moelleuse campe une Madame Lenglumé cocasse et désopilante, qui traverse la pièce avec une allégresse distanciée. Belle prestation d'Alexandre Michel qui se glisse dans deux rôles, Justin le domestique et le vénal cousin Potard. Bravo à Ours et Lieutenant Nicholson pour leur musique et leurs refrains surréalistes qui collent parfaitement à cette comédie. Certains metteurs en scène torturent les œuvres classiques avec pour résultat frustrations et désillusions pour le spectateur. D'autres, comme Jérémie Lippmann apportent leur savoir-faire et leur grain de folie pour nous offrir un vaudeville ébouriffé et jubilatoire que n'aurait pas renié son auteur, Eugène Labiche.
Ariette Frazier
Pariscope, semaine du 7 au 13 janvier 2009